La Chronique de l'USSE   

 


 

La Chronique 2012 n°2  du 15/02/2012
par Christian Neyrat


 

L’USSE nordique dans la course

Mésaventure au pays du Mont-Blanc

D’abord, merci pour vos messages de soutien et d’encouragement après la Bornandine.

Merci à Jacques Eybert-Prudhomme d’avoir fait circuler l’info. J’ai apprécié cette solidarité

de club envers un coureur au tapis, contraint de déclarer forfait pour la TransJu et horscourse

pour un bail.

Tandis que vous faisiez Lamoura-Mouthe, dimanche 12 février, je me suis efforcé de rédiger

avec mes deux ou trois doigts valides (les autres sont enveloppés dans des poupées fort

encombrantes) cette chronique ouverte qui vise avant tout à parler de notre sport, chacun à sa

façon, et finalement à mieux se connaître.

Revenons au Grand-Bornand où le directeur de l’épreuve, Dominique Pochat, avait décidé

de raccourcir la distance (le 42 est devenu 21) en raison des températures prévues par la

météo :-22° à la station et au-delà sur le parcours. Un choix justifié, à mon humble avis. Ce

froid sibérien pose pour un fondeur des problèmes multiples. Vous vous rendez compte, par

exemple, que votre fart le plus dur s’arrête à –15° , que ça va pas le faire et que c’est trop tard

pour trouver du very low du Canada ou d’ailleurs. Alors, le fer à la main, vous vous dites

advienne que pourra !

Sur le terrain , je constate que beaucoup se sont dit la même chose, que rares sont les coureurs

satisfaits de leur glisse. Encore une course à l’arrache ! La série noire continue. Je m’aperçois

tardivement , dans les dernières bosses, que l’on peut courir dans la pente skis parallèles sans

le moindre problème ! Bien plus simple et efficace que le canard.

Question vêtement, vous doublez les couches. Caleçon long sur un court pour protéger ce qui

doit être protégé. Un bonnet chaud couvrant bien les oreilles, un bout de scotch sur

l’appendice nasal, une paire de lunettes assez larges.

Mon erreur, que je reconnais volontiers, est d’avoir enfilé une paire de gants de soie dans mes

gants habituels de ski de fond, pas prévus pour ça car trop ajustés. Résultat : des doigts

comprimés, mal irrigués par la circulation sanguine (effet de garrot) et donc très exposés aux

gelures.

C’est dans la descente, je crois, que le grand froid a fait son oeuvre (effet ressenti entre –25 et

-30). Au moment de relancer, j’ai réalisé que je n’agrippais plus mon bâton droit. Y’avait un

problème. J’ai passé la ligne tant bien que mal et constaté les dégâts dans la minute qui a

suivi. Des doigts blancs et raides comme du bois, bizarrement tordus.

A l’Espace Grand Bo, si Dominique Pochat (qui est venu plus tard me rendre visite dans ma

chambre d’hôpital) et Jean-Pierre Bonadies ne m’avaient pas mis en garde, je crois que

j’aurai pris le chemin du réfectoire avec mes camarades de club, peu conscient de la gravité de

ces gelures. J’ai finalement suivi les conseils de ces sages et me suis retrouvé dans une

ambulance, engagé dans un véritable circuit de tourisme hospitalier au pays du Mont-Blanc :

-1e étape aux urgences du Centre hospitalier d‘Annecy Metz-Tessy, où je suis accueilli

chaleureusement par l’interne du service avec une bassine d’eau à 38°. J’y baigne mes mains

avec précaution, plusieurs fois de suite, et j’apprécie.

-2e étape aux Hôpitaux du Mont-Blanc, à Sallanches où le Dr Cauchy, spécialiste des

pathologies du froid, a mis au point, depuis de nombreuses années, un protocole de traitement

des gelures. Je serai hospitalisé au service de chirurgie A du dimanche 5 au vendredi 10

février. Mes gelures sont évaluées par le Dr Cauchy entre 2 et 3 (sur une échelle de 4). Son

pronostic est encourageant. Le risque d’amputation semble exclus. Jeudi 9 à 14h, je passe au

bloc opératoire pour ce que j’appelle une opération manucure. Il s’agit pour le chirurgien, le

Dr Gordusa, de nettoyer les doigts atteints des énormes cloques –on appelle ça des

phlyctènes- apparues autour des phalanges.

-3e étape au CH Alpes-Léman (CHAL) des Contamines où je suis envoyé mardi 7 pour une

scintigraphie osseuse. Le service de médecine nucléaire vient tout juste d’ouvrir. J’essuie,

pour ainsi dire, les plâtres. Quant à l’établissement en lui-même, il a ouvert ses portes il y a

une semaine. Diagnostic encourageant. Bonne fixation osseuse.

Je dois préciser que je n’ai pas été le seul à souffrir de gelures sévères à l’issue de cette

course. Au CH de Sallanches, il y avait dans une chambre voisine de la mienne, un jeune des

Dragons d’Annecy dont le père est passé me voir et il me semble que Sherpa Dachiri, sportif

népalais bien connu, également concurrent de la Bornandine, est lui aussi passé par le service

de chirurgie A.

Première conclusion : il faut skier impérativement avec des gants larges (éventuellement des

moufles) dès que le thermomètre affiche –10°. A la limite, skier sans gants serait préférable

au fait de skier avec des gants étroits. Une concurrente de la Bornandine l’a fait, semble t-il,

sans souffrir de quoi que ce soit à l’arrivée. Ce n’est pas à encourager, bien sûr, mais c’est

possible. Cette mystérieuse skieuse aux mains nues le prouve. C’était peut-être son objectif.

Qu’elle nous fasse signe si elle tombe sur ces lignes. Son cas nous intéresse. A moins qu’elle

ne soit qu’une légende…

Deuxième conclusion : y’a pas de quoi en faire un drame, contrairement à ce qu’on a pu lire.

Ce sont des accidents de parcours, certes douloureux et invalidants (je passe sur les détails),

dans la vie d’un coureur, lequel doit être prêt à faire face aux aléas du temps. Mais trop, c’est

trop ! Certains jours, je me demande si je ne devrais pas me mettre au badminton.

Christian NEYRAT

J’espère lire ici un compte-rendu de votre TransJu, dans les jours qui viennent.


 


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